Présentation



Tout d’abord je souhaite parler du phénomène qui m’intéresse le plus dans ma vie : celui du lait qui boue. Chaque fois que je veux faire bouillir du lait, la même situation se produit. Je prends une casserole que je rempli de lait et je la pose sur le feu, puis au bout d’un certain temps la casserole déborde et le lait envahi toute ma cuisinière. L’astuce de mettre moins de lait dans la casserole ne change rien, elle déborde à chaque fois. Je n’arrive pas à retirer la casserole du feu lorsque le lait est cuit et qu’il n’a pas encore débordé. Je ne peux appréhender que deux états, soit le lait est trop froid, soit il est bouillie et déborde. Pourtant il doit exister un état où le lait est cuit mais ou il ne déborde pas, et j’assiste à cet évènement quand je regarde le lait sortir de sa froideur et déborder de son récipient. Alors je me suis mis à guetter le lait qui chauffe et à tenter d’attraper ce moment, mais je n’arrive pas à me représenter intellectuellement cette tension interne du lait. La grandeur intensive du lait m’échappe en raison. Mais je l’attrape en imagination. La faculté qui est celle de l’imagination, celle de sautiller, d’aller et de venir, de vibrer inlassablement entre les deux états me permet d’atteindre mieux que n’importe quelle idée ce qu’est l’état extraordinairement contradictoire du ni trop froid ni bouilli.

« La première loi de la parole :
Les dents, les bouches
Les dents la bouchent
L’aidant la bouche
Lait dans la bouche
Laid dans la bouche
Laide dans la bouche
L’aide en la bouche
Les dans la bouche (les choses qui sont…)
L’est dans la bouche (l’est = c’est)
L’est dans la bouche (j’ai mal au dent)
Les dents-là bouche ( = cache tes dents-là)
[…] »
( Jean Pierre Brisset )


Mon travail d’artiste n’est rien d’autre que de produire des représentations de cet état de l’imagination, de produire des situations où se manifeste cette tension que seul peut atteindre l’imagination dans sa réflexion sans idée et sans but.